Une autre vie - S.J. Watson acheter extrait

Je monte les escaliers mais la porte est fermée. Je reste devant, j’hésite. Maintenant que je suis là, je ne veux pas entrer. J’ai envie de faire demi-tour, de retourner à la maison. Je réessaierai plus tard.
Mais c’est ma dernière chance. L’exposition est en place depuis des semaines et elle se termine demain. C’est maintenant ou jamais.
Je ferme les yeux et j’inspire aussi profondément que possible. Je me concentre sur l’air qui doit remplir mes poumons, je redresse les épaules, je sens la tension dans tout mon corps, elle disparaît lorsque j’expire. Je me dis qu’il n’y aucune raison de s’affoler : je viens régulièrement ici pour retrouver des amis et déjeuner, voir les dernières expositions, assister à des conférences. Cette visite n’est en rien différente. Rien ici qui puisse me faire du mal. Ce n’est pas un piège.
Finalement, je me sens prête. Je pousse la porte et j’entre.

L’endroit est exactement le même que d’habitude – des murs blanc cassé, un plancher en bois ciré, au plafond des spots installés sur des rails – et, bien qu’il soit tôt, il y a déjà quelques personnes qui déambulent. Je les observe un moment s’arrêter devant des photos, certaines reculent de quelques pas pour pouvoir mieux les regarder, d’autres hochent la tête en écoutant le commentaire qu’un compagnon leur murmure à l’oreille, ou étudient la feuille imprimée qu’ils ont prise au passage, en bas. Il règne une atmosphère de respect silencieux, de calme contemplation. Ils les aimeront, ou pas, puis ils retourneront dehors, reprendront le cours de leur vie et, vraisemblablement, les oublieront.
Au début, je m’autorise seulement un coup d’œil vers les murs. Il y a environ une douzaine de grandes photos accrochées à intervalles réguliers, plus quelques-unes, plus petites, entre deux grandes. Même si aujourd’hui, je suis venue pour une seule photo, je me dis que je pourrais flâner un peu, faire semblant de m’intéresser aux œuvres… Mais je n’en fais rien.
Il me faut un moment pour la trouver. Elle est placée sur le mur le plus éloigné, au fond de la salle, pas tout à fait au centre. Elle se trouve à côté de deux autres clichés – un portrait en couleur et en pied d’une jeune fille dans une robe déchirée, un plan rapproché d’une femme aux yeux cerclés de khôl en train de fumer une cigarette. Elle est en couleur, prise dans une lumière naturelle ; elle présente une palette où les bleus et les gris dominent, et agrandie de cette manière, elle est imposante. L’exposition est intitulée « Lendemain de fête » et, même si je ne la regarde pas en détail avant d’être à moins d’un mètre d’elle, je comprends pourquoi cette photo a été accrochée à un emplacement si privilégié.
Je ne l’ai pas regardée depuis plus de dix ans. Pas attentivement. Je l’ai vue, oui – bien qu’elle n’ait pas été particulièrement exploitée à l’époque, elle a quand même été publiée dans deux ou trois magazines, et même dans un livre –, mais je ne l’ai pas regardée depuis tout ce temps. Pas de près.
Je l’approche selon une trajectoire oblique, et j’examine d’abord l’étiquette. « Julia Plummer », lis-je, « Marcus dans le miroir, 1997, impression Cibachrome ». Rien d’autre, pas d’informations biographiques, et j’en suis soulagée. Je m’autorise à examiner la photographie.
Un homme ; il paraît avoir une vingtaine d’années. On voit la partie supérieure de son corps : il a l’air nu, et il contemple son reflet. L’image qui se trouve en face de lui est nette, mais lui ne l’est pas. Il a le visage émacié. Il plisse les yeux, il a la bouche entrouverte, comme s’il était sur le point de parler ou de soupirer. Il y a quelque chose de mélancolique dans cette photographie, mais ce qu’on ne peut pas voir c’est que, juste avant que le cliché soit pris, l’homme – Marcus – riait. Il vient de passer l’après-midi au lit avec sa petite amie, dont il est amoureux, tout comme elle l’est de lui. Ils se sont fait la lecture – Adieu à Berlin d’Isherwood, ou peut-être était-ce Gatsby, qu’elle a déjà lu, mais pas lui – en mangeant de la glace directement dans le pot. Ils ont chaud, ils sont heureux, rien ne peut leur arriver. Une radio émet du rhythm’n’blues dans la chambre à coucher qui se trouve en face, de l’autre côté du couloir, et, sur la photo, il a la bouche ouverte parce que sa petite amie, c’est elle qui prend la photo, fredonne en même temps et qu’il s’apprête à l’imiter.
À l’origine, la photographie était différente. La jeune femme apparaissait dans le cadre, réfléchie dans le miroir juste au-dessus de l’épaule du jeune homme, le viseur contre son œil. Elle était nue, ses contours étaient flous. C’était un portrait d’eux deux, en un temps où les photographies prises dans les miroirs étaient encore inhabituelles.
J’avais aimé le cliché sous cette forme. Je le préférais, presque. Mais, à un moment donné – je ne me rappelle pas exactement quand, mais très probablement avant de l’exposer pour la première fois –, j’ai changé d’avis. J’ai décidé qu’elle était mieux sans moi. Je me suis sortie de la photo.
Je le regrette aujourd’hui. C’était malhonnête de ma part, c’était la première fois que j’utilisais mon art pour mentir, et j’ai envie de dire à Marcus que je m’en veux. Pour tout. De l’avoir suivi à Berlin, de l’avoir laissé tout seul sur l’image, de n’être pas la personne qu’il croyait que j’étais.
Même après tout ce temps, je m’en veux encore.

Il s’écoule un long moment avant que je me détourne de ma photo. Je ne fais plus ce genre de portraits. Maintenant, je prends des familles, des amis de Connor qui posent avec leurs parents et leurs jeunes frères et sœurs : des propositions d’emploi que je trouve à la sortie de l’école. De l’argent de poche. Cela ne me pose aucun problème : je le fais sérieusement, j’ai une certaine réputation, je suis compétente. Les gens m’invitent aux fêtes que donnent leurs enfants pour que je prenne des photos des invités qu’ils enverront ensuite par mail, en souvenir – un jour, il s’est même trouvé que l’une des ces fêtes était organisée pour lever des fonds destinés à l’hôpital où travaille Hugh. J’aime faire cela, mais c’est plutôt technique ; ce n’est pas la même chose que de faire des portraits comme celui-ci – ce n’est pas de l’art, à défaut d’un mot plus approprié, et parfois la dimension artistique me manque. Je me demande si je pourrais encore, si j’ai encore l’œil, l’instinct pour savoir à quel moment précis je dois déclencher. Le moment décisif. Cela fait longtemps que je n’ai pas vraiment essayé.
Hugh pense que je devrais m’y remettre. Connor a grandi, il commence à mener sa propre vie. Vu les difficultés du début, nous nous sommes tous les deux consacrés beaucoup à lui, mais il a moins besoin de nous qu’autrefois. Il y a plus d’espace pour moi, désormais.
Je jette un coup d’œil aux autres photos exposées. Peut-être que je finirai par y revenir. Je pourrais me concentrer un peu plus sur ma carrière sans cesser de m’occuper de Connor. C’est possible.
Je descends et j’attends Adrienne. Initialement, elle voulait se rendre avec moi à l’exposition, mais je lui ai dit que non, que je voulais voir la photo seule. Elle ne s’en est pas formalisée. « Je te retrouverai au café, a-t-elle dit. Peut-être aurons-nous le temps d’attraper quelque chose à manger. »
Elle est en avance ; elle est assise à une table à côté de la fenêtre et tient un verre de vin blanc. Elle se lève à mon approche et nous nous étreignons. Nous ne sommes pas encore assises qu’elle est déjà en train de parler.
« C’était comment ? »
Je tire ma chaise. « Un peu étrange, pour dire la vérité. » Adrienne a déjà commandé une bouteille d’eau pétillante pour moi, et je me sers un verre. « C’est comme si ce n’était plus ma photo. »
Elle hoche la tête. Elle sait à quel point j’étais angoissée à l’idée de venir. « Il y a des photos intéressantes, là-haut. Tu vas aller voir ? Tout à l’heure ? »
Elle lève son verre. « Peut-être. » Je sais qu’elle ne le fera pas, mais je n’en suis pas affectée. Elle a déjà vu ma photographie et ne s’intéresse guère aux autres. « À la tienne », dit-elle. Nous buvons. « Tu n’as pas amené Connor ? »
Je secoue la tête. « Tout cela est un peu trop bizarre pour lui. » Je ris. « Il a autre chose à faire, de toute façon.
– Sorti avec ses copains ?
– Non, Hugh l’a emmené nager. Ils sont allés à Ironmonger Row. »
Elle sourit. Connor est son filleul et elle connaît mon mari depuis presque aussi longtemps que moi. « Nager ?
– C’est un nouveau truc. Une idée de Hugh. Il vient de réaliser qu’il aura cinquante ans l’an prochain et ça lui fait peur. Il essaie de se remettre en forme. » Je marque une pause. « As-tu des nouvelles de Kate ? »
Je plonge le regard dans mon verre. Je ne voulais pas poser la question, pas si tôt, mais elle est sortie toute seule. Je ne sais pas trop quelle réponse je préfèrerais. Oui ou non.
Elle boit un peu de vin. « Pas depuis un moment. Et toi ?
– Ça date de trois semaines.
– Et…? » Je hausse les épaules. « Comme d’habitude.
– Au milieu de la nuit ?
– Ouais », dis-je avec un soupir. Je repense au dernier appel téléphonique de ma sœur. Deux heures du matin, tard, même pour elle, là-bas à Paris. Elle m’a semblé à côté de la plaque. Ivre, me suis-je dit. Elle veut récupérer Connor. Elle ne sait pas pourquoi je refuse de le lui rendre. Ce n’est pas juste, et au fait, elle n’est pas la seule à penser que Hugh et moi sommes égoïstes et vraiment impossibles.
« Elle ne faisait que répéter les mêmes vieux trucs.
– Peut-être que tu devrais lui parler. À nouveau, j’entends. Quand elle ne sera pas aussi…
– Fâchée ? » Je souris. « Tu sais aussi bien que moi ce que ça risque d’entraîner, et de toute manière je n’arrive jamais à la joindre. Elle ne veut pas décrocher son portable, et si j’appelle sur la ligne fixe je tombe sur sa colocataire, qui ne me dit rien. Non, elle est décidée. Soudain, après tout ce temps, elle ne désire rien de plus au monde que de s’occuper de Connor. Et elle pense que Hugh et moi l’en empêchons pour des raisons purement égoïstes. Elle n’a jamais pris le temps de réfléchir, ne serait-ce qu’un instant, à ce que Connor pourrait ressentir, à ce qu’il pourrait vouloir. En tout cas, elle ne lui a pas demandé. Une fois de plus, elle ne pense qu’à elle. »
Je cesse de parler. Adrienne connaît le reste ; je n’ai pas besoin de poursuivre. Elle connaît les raisons pour lesquelles Hugh et moi avons pris le fils de ma sœur, et elle sait que, pendant toutes ces années, Kate s’est satisfaite de la situation. Ce qu’aucun d’entre nous ne comprend, c’est pourquoi ce n’est plus le cas.
« Tu veux bien lui parler ? » dis-je.
Elle prend une grande inspiration, ferme les yeux. L’espace d’un instant, je m’attends à ce qu’elle me dise que je vais devoir m’en dépêtrer toute seule, que je ne peux pas arriver ventre à terre auprès d’elle à chaque dispute avec ma sœur ; c’est le genre de choses que mon père me disait, autrefois. Mais elle se contente de sourire, et dit : « J’essaierai. »

Nous passons commande et déjeunons. Nous parlons de nos amis communs ; ai-je vu Fatima récemment, savais-je qu’Ali avait un nouvel emploi, est-ce que je prévois d’aller à la soirée cocktail de Dee le week-end prochain. Puis elle annonce qu’il est temps pour elle de partir, elle a une réunion. Je lui dis que nous nous reverrons samedi.
Je ne peux résister à l’envie de passer au magasin du musée avant de partir. Ils voulaient utiliser ma photographie de Marcus sur la couverture de la brochure mais je n’ai jamais répondu à l’e-mail et, du coup, ils ont choisi la photo d’un type assez androgyne en train de téter une sucette. Je n’ai pas répondu aux demandes d’interviews non plus, même si je n’ai pas réussi à empêcher un magazine, Time Out, je crois, de publier un article sur moi. J’étais une ‘ermite’ disaient-ils, et ma photo était un des points forts de l’exposition, un « portrait intime », à la fois « touchant et fragile ». N’importe quoi, ai-je eu envie de leur répondre, mais je me suis abstenue. S’ils voulaient une « ermite », je n’allais pas leur enlever ce plaisir.
Je regarde à nouveau le gars à la sucette. Il me rappelle Frosty, et je parcours le livret avant de m’approcher des cartes postales disposées sur le présentoir. Normalement j’en achète quelques-unes, mais aujourd’hui je n’en prends qu’une, Marcus dans le miroir. J’ai, un instant, envie de dire à la vendeuse que c’est moi qui l’ai faite, que je l’ai prise pour moi, et que, même si je l’ai délibérément évitée pendant des années, je suis malgré tout heureuse qu’ils l’aient intégrée dans l’exposition et d’avoir eu l’opportunité de me l’approprier à nouveau.
Mais je me retiens. Je ne dis rien, je me contente de murmurer un « merci » puis je range la carte dans mon sac et je quitte la galerie. Malgré le froid qui règne en ce mois de février, je marche presque jusqu’à la maison – par Covent Garden et Holborn, je descends Theobald’s Road dans la direction de Gray’s Inn Road – et, au début, je n’arrive pas à penser à autre chose qu’à Marcus, et au temps que nous avons passé ensemble à Berlin, il y a bien des années. Mais quand j’arrive à Rosebery Avenue, j’ai réussi à m’évader du passé et je pense à ce qui se passe ici, maintenant. Je pense à ma sœur et j’imagine, contre tout espoir, qu’Adrienne pourra lui faire entendre raison, bien que je sache pertinemment qu’elle n’y parviendra pas. Il va falloir que je parle moi-même à Kate. Je serai ferme, mais gentille. Je lui rappellerai que je l’aime, que je veux son bonheur, mais je lui dirai aussi que Connor a presque quatorze ans, que Hugh et moi avons beaucoup lutté pour lui assurer une vie stable, que c’est important qu’il ne soit pas perturbé. Ma priorité est de lui faire comprendre que c’est mieux ainsi. Pour la première fois, je m’autorise à penser que Hugh et moi devrions probablement consulter un avocat.
Je tourne au coin et arrive dans ma rue. Une voiture de police est garée quelques maisons plus loin, mais c’est la nôtre qui est ouverte. Je me mets à courir ; ma tête se vide d’un coup, et je ne pense plus qu’à une chose : voir mon fils. Je ne m’arrête pas avant d’avoir atteint la maison, la cuisine, et je vois Hugh debout devant moi, en train de parler à une femme en uniforme. J’attrape machinalement la serviette et le maillot de Connor mis à sécher sur le radiateur, puis Hugh et l’officier de police se tournent tous deux vers moi. Elle affiche une expression d’une neutralité parfaitement étudiée, celle-là même que prend Hugh lorsqu’il s’apprête à annoncer une mauvaise nouvelle. Ma poitrine se serre, je m’entends crier comme dans un rêve. « Où est Connor ? dis-je. Hugh ! Où est notre fils ? » Mais il ne répond pas. Il me regarde avec ses grands yeux écarquillés. Je sens bien que quelque chose de terrible s’est passé, quelque chose d’indescriptible. Dis-moi ! ai-je envie de hurler, mais rien ne sort. Je n’arrive pas à bouger ; mes lèvres refusent de former des mots. Ma bouche s’ouvre, puis se ferme. Je déglutis. Je suis sous l’eau, je n’arrive pas à respirer. Je regarde Hugh s’avancer vers moi, j’essaie de me dégager lorsqu’il saisit mon bras, puis je retrouve ma voix. « Dis-moi ! » dis-je encore et encore, et, quelques instants plus tard, il ouvre la bouche et parle.
« Ce n’est pas Connor », dit-il, mais à peine ai-je le temps de me rendre compte du soulagement qui envahit soudain mes vaisseaux sanguins, qu’il reprend : « Je suis désolé, chérie. C’est Kate. »

Une autre vie

S.J. Watson

Traduit de l'anglais par Sophie Aslanides

 

Après Avant d’aller dormir, le nouveau thriller tant attendu de S.J. Watson.

 

Femme au foyer, Julia mène une vie bien rangée à Londres avec son mari et son fils. Lorsqu’elle apprend la mort de sa jeune sœur, Kate, victime d’une agression à Paris, près du canal de l’Ourcq, elle est sous le choc. Les deux sœurs, dont les relations n’ont jamais été faciles, s’étaient perdues de vue. Ne parvenant pas à faire son deuil, Julia décide d’aller à Paris afin d’en savoir plus sur la vie que menait Kate. Là, elle apprend que cette dernière fréquentait assidûment les sites de rencontre en ligne. Le doute s’insinue alors dans son esprit : et si la mort de sa sœur n’était pas due à une simple agression mais à une mauvaise rencontre ? Ne pouvant se débarrasser de cette idée obsédante, Julia décide de se faire passer pour Kate sur le site Internet d’escorts que celle-ci utilisait. Mais, à l’âge des bilans, des remises en question, des ambitions laissées derrière elle, Julia ne réalise pas qu’elle est en train de jouer un jeu dangereux à double titre. Si elle a en effet raison sur les circonstances de la mort de sa sœur, elle prend tous les risques. Et en goûtant à une autre vie, plus excitante, que va-t-il rester de la sienne ?

Avec Avant d’aller dormir, S.J. Watson avait réussi le tour de force de nous donner un roman au suspense impressionnant, doublé d’un portrait de femme inoubliable. On attendait la suite avec une certaine angoisse. Pourrait-il faire aussi bien ? On a maintenant la réponse. Non, il n’a pas fait aussi bien ; il a fait encore mieux. Et le thriller psychologique a trouvé son maître.

 

S.J. Watson est né en 1971. Une autre vie est son deuxième roman.

 

 

À propos d’Avant d’aller dormir :

« Je n’avais encore jamais vu ça : des heures après avoir fini ce livre, j’avais encore les nerfs à vif ! » Dennis Lehane

« Un incroyable premier roman ! Je l’ai dévoré de la première à la dernière page. » Mo Hayder

 

 ISBN papier : 978-2-35584-283-2 • ISBN numérique : 978-2-35584-349-5 • Format : 14 x 22 • Nombre de pages : 432 • Prix public papier : 21 € • Prix public numérique : 14,99 € • Mise en vente : octobre 2015 • Code Interforum papier : 587976 • Code Interforum numérique : 596890

  / Prix, dates de parution, éléments techniques, couvertures, photos et crédits non contractuels

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